— Oui, monsieur, murmura-t-elle d’une voix faible.

Et elle me parut s’appuyer contre moi.

— N’y a-t-il pas de fenêtre à cette chambre ?

— Je crois que les volets sont mis, murmura-t-elle.

Je songeais à présent que le chemin de la cuisine étant coupé, il nous restait à fuir par les fenêtres. Je fis un pas dans leur direction. Je voulais lâcher la main de la jeune fille, afin de libérer la mienne pour me diriger à tâtons, mais je la sentis avec surprise s’accrocher à moi et refuser de me laisser aller. Puis je l’entendis soupirer dans les ténèbres ; et elle s’appuya sur moi, comme prête à s’évanouir.

— Courage, mademoiselle ; courage ! dis-je, terrifié à cette seule pensée.

— Oh ! que j’ai peur ! geignit-elle à mon oreille. J’ai si peur ! Sauvez-moi, monsieur ! sauvez-moi !

Elle venait de se montrer si brave un peu plus tôt que je fus stupéfait. J’ignorais que le courage de la femme la plus vaillante a de ces faiblesses-là. Mais je n’eus guère le temps d’y songer. Sa masse pesait entre mes bras, plus inerte à chaque instant, et le cœur me battait éperdument, à chercher autour de moi un secours, une pensée, une idée. Mais je scrutai en vain les ténèbres. Je ne me rappelais même plus où se trouvait la porte d’entrée. Je ne discernais pas le moindre filet de fumée qui m’eût révélé l’emplacement des fenêtres. J’étais seul avec Denise, et sans défense ; nous avions la retraite coupée, et les flammes se rapprochaient. Je sentis sa tête retomber en arrière, et compris qu’elle venait de perdre connaissance. Tout ce que je pouvais faire dans le noir était de la soutenir, et de guetter le retour des pas de l’homme ou tout autre événement qui allait survenir.

Pour une durée assez longue, ou qui me parut telle, il ne se produisit rien. Puis un soudain éclat de tapage m’apprit que la porte se rouvrait, au bas de l’escalier ; après quoi un claquement de sabots retentit sur les marches nues. Je discernai alors où se trouvait la porte de la chambre, et vivement mais avec douceur je déposai Denise sur le plancher, un peu en arrière de cette porte, et me postai sur le seuil. Je tenais toujours mon chandelier, et j’étais prêt à toute extrémité.

Je les entendis passer, avec un battement de cœur ; puis ils firent halte, et je serrai mon arme ; et soudain une voix qui m’était familière lança un ordre, et poussant un cri de joie je tirai brusquement la porte et me dressai devant eux, comme ils me le racontèrent plus tard, avec la mine d’un spectre sortant du tombeau. Ils étaient quatre, et le plus proche de nous était l’abbé Benoît.