Le bon prêtre me sauta au cou et m’embrassa.

— Vous n’êtes pas blessé ? cria-t-il.

— Non, dis-je, d’une voix sépulcrale. Vous voilà donc arrivé ?

— Oui, répondit-il, assez tôt pour vous sauver, Dieu soit loué ! Dieu soit loué ! Et mademoiselle ? Mademoiselle de Saint-Alais ? ajouta-t-il avec vivacité, en me considérant comme s’il me croyait hors de mon sens. Ne savez-vous rien d’elle ?

Je lui tournai le dos sans rien dire, et rentrai dans la chambre. Il me suivit avec de la lumière, et les trois hommes, parmi lesquels se trouvait Buton, entrèrent à sa suite. Ce n’étaient que de grossiers paysans, mais ils se reculèrent et se découvrirent, à la vue de Denise. Elle gisait où je l’avais laissée, la tête reposant sur le sombre tapis de sa chevelure, au milieu duquel sa face enfantine, aux yeux mi-clos et levés au plafond, prenait la pâleur et la solennité de la mort. Pour moi, j’étais tellement épuisé d’émotions que je la regardai presque avec indifférence. Mais le curé poussa un cri.

— Mot Dieu ! fit-il, un sanglot dans la voix. Est-ce qu’ils l’ont tuée ?

— Non, répondis-je. Elle n’est qu’évanouie. S’il y a une femme ici…

— Il n’y a pas de femme ici à qui j’ose me fier, répondit-il entre ses dents.

Et il ordonna à l’un des hommes d’aller chercher de l’eau, en ajoutant quelques paroles que je ne saisis pas.

L’homme revint presque tout de suite, et l’abbé Benoît, l’ayant fait mettre à l’écart ainsi que ses compagnons, humecta les lèvres de la jeune fille, après lui avoir jeté quelques gouttes sur la figure. Il agissait avec un air de hâte qui m’intriguait ; mais je m’aperçus bientôt que la chambre s’emplissait de fumée. En allant moi-même à la porte, je vis au bout du corridor la rouge réverbération du feu, et je perçus un lointain écroulement de pierres et de madriers. Je compris alors l’attitude de l’abbé Benoît, et je lui proposai d’emporter la jeune fille au dehors.