— C’est tout ce que j’ai pu rassembler, dit-il. Marignac apprenait au même moment que le feu était à son château, et il a emmené une douzaine de nos hôtes. Une vingtaine ont pris peur ; et ils sont montés à cheval au plus vite pour aller voir ce qui se passait chez eux. En somme, conclut-il amèrement, j’ai vu que chacun pensait d’abord à soi. Réserve faite, bien entendu, de mes excellents amis ici présents.
M. de Gontaut s’efforça de ricaner, mais il s’étrangla faute de souffle.
— C’est une des beautés du malheur, haleta-t-il.
Le pauvre homme avait peine à se tenir en selle.
— Mais vous allez venir à Saux ! dis-je, comme ils tournaient bride dans une nuée de vapeur qui se détachait vaguement sur la nuit.
— Non pas ! répondit Louis, en sacrant de nouveau (mais je trouvai tout naturel qu’il fût hors de lui, et que son humeur paisible de toujours l’eût abandonné). C’est l’instant ou jamais ! Si nous les attrapons sur le fait…
Je n’entendis pas le reste. Ses paroles se perdirent dans le trot des chevaux, qu’ils poussaient de l’éperon en dévalant la route. Ils étaient déjà à cinquante pas, quand l’un d’eux, se détachant de la cavalcade, tourna bride et s’en revint vers moi. C’était l’étranger, le seul de la compagnie, en dehors des serviteurs, que je ne connaissais pas.
— Comment sont-ils armés, je vous prie ? me demanda-t-il.
— Ils ont au moins un fusil, répondis-je, en l’examinant avec curiosité. Peut-être plus, à cette heure. La majorité avait des piques et des fourches.
— Et leur chef ?