Le vieux serviteur hésita.
— Dame oui, fit-il en rechignant. Il m’a dit que si M. le vicomte restait chez lui jusque dans l’après-midi, il aurait de ses nouvelles.
— Mais il allait à Cahors ! dis-je. Il ne va pas revenir aujourd’hui ?
— Il a pris la petite allée qui mène au village, répondit André d’un ton bougon. Il ne m’a pas parlé de Cahors.
— Allons, va-t’en au village tout de suite, dis-je, et informe-toi si oui ou non il a pris la route de Cahors.
Le vieux valet partit en maugréant, et je restai seul sur la terrasse. Une tranquillité insolite pesait sur la maison, en ce matin d’été, comme si l’heure de la sieste fût déjà venue. Je m’assis sur un banc de pierre contre le mur, et me mis en devoir de récapituler mes aventures de la nuit, revoyant avec une vivacité extrême des choses qui sur l’heure avaient à peine arrêté mon regard, et frissonnant à l’évocation des horreurs dont la réalité m’avait à peine ému. Insensiblement je me détournai de ces sujets qui faisaient battre mes artères, et je m’occupai de Denise. Je la revis qui s’éloignait affaissée sur sa selle et pleurant. Les abeilles vrombissaient dans l’air chaud, les pigeons roucoulaient doucement dans le colombier, les ramures bordant la pelouse, au-dessous de moi, simulaient un dôme d’avenue par-dessus la tête de la jeune fille, et, sur cette vision, je m’endormis.
Après la nuit que je venais de passer, le fait n’avait rien d’extraordinaire. Mais quand je me réveillai et m’aperçus qu’il était plus de midi, je m’effarai. Je me dressai d’un bond, et jetant autour de moi des regards inquisiteurs, je surpris André qui s’éloignait à pas de loup le long du mur de l’habitation. Je le rappelai, et lui demandai pourquoi il m’avait laissé dormir.
— J’ai pensé que vous étiez fatigué, monsieur, marmotta-t-il, en clignant des yeux sous le soleil. Monsieur le vicomte n’est pas un paysan pour qu’il ne puisse dormir quand il en a envie.
— Et M. le curé ? N’est-il pas revenu ?
— Non, monsieur.