Mais je ne le restai pas longtemps. Car, au lieu du silence qui régnait entre les hauts murs de l’allée, un bruit sourd, lointain et grave, me parvint alors. Je prêtai l’oreille et tressaillis. Un instant plus tard, je traversais la place, et arrivais à la porte de l’auberge. Je m’engouffrai dans le couloir, et grimpai l’escalier, le cœur battant.

Ici encore, j’avais laissé une foule dans les corridors et dans l’escalier. Il ne restait pas une âme. La maison semblait morte ; et cela à midi, par un temps de soleil radieux. Je ne vis personne, n’entendis personne, avant d’arriver à la porte de la salle où j’avais laissé le Comité. J’entrai. Là, du moins, je retrouvai de la vie, mais toujours le même silence.

Autour de la table siégeaient une douzaine de membres du Comité. A ma vue ils tressaillirent, comme des gens surpris à commettre une mauvaise action. Plusieurs restèrent assis, les coudes sur la table, piteux et me lançant des regards furtifs ; d’autres se penchèrent à l’oreille de leurs voisins, pour chuchoter, ou écouter leurs réponses. Beaucoup étaient pâles et tous étaient sombres ; et bien que la salle fût claire, et que l’ardent soleil de midi pénétrât par les trois fenêtres, le silence et l’attente que l’on sentait dans l’air avaient quelque chose de lugubre, qui me glaça le cœur.

L’abbé Benoît n’était plus là, mais je vis Buton, et le notaire, et l’épicier, et les deux noblaillons, et l’un des curés, et Doury — ce dernier pâle et doucereux, visiblement sous le coup de la peur. J’aurais pu me figurer, au premier abord, qu’ils ne savaient rien de ce qui venait de se passer à l’extérieur ; qu’ils ignoraient le duel aussi bien que l’émeute ; mais un second coup d’œil m’apprit qu’ils étaient au courant de tout, et mieux que moi. Sous mon regard, beaucoup d’entre eux détournèrent les yeux.

— Qu’est-il arrivé ? demandai-je, arrêté à mi-chemin entre la porte et la longue table.

— Ne le savez-vous pas, monsieur ?

— Non, fis-je, en les examinant.

Même ici, une rumeur lointaine emplissait l’air.

— Mais vous assistiez au duel, monsieur le vicomte ? interrogea Buton.

— Oui, répondis-je avec nervosité. Mais ce n’est pas la question. J’ai vu M. le marquis s’en retourner chez lui sain et sauf, et je croyais que la foule s’était dispersée. Mais…