— Parlez-leur.

— Leur parler ? répondit-il. Est-ce que des chiens enragés s’arrêtent quand on leur parle ? Est-ce que des chiens enragés écoutent ? Comment voulez-vous agir sur eux ? D’où voulez-vous leur parler ? C’est impossible, monsieur. Ils tueraient aujourd’hui père et mère, s’ils rencontraient ceux-ci entre eux et leur vengeance.

— Alors que voulez-vous donc faire ? m’écriai-je avec emportement. Que voulez-vous faire ?

Il hocha la tête ; et je compris qu’il ne voulait rien, qu’il ne pouvait rien. A cette vue, tout mon être se révolta.

— Vous le devez ! Il le faut ! m’écriai-je âprement. Vous avez provoqué le diable, il vous faut l’apaiser ! Est-ce donc là ces libertés dont vous nous entreteniez ? Est-ce là le peuple en faveur de qui vous plaidiez ? Répondez, répondez-moi, qu’allez-vous faire ?

Et je le secouais furieusement.

Il se mit la main sur le visage.

— Que Dieu nous pardonne ! fit-il. Que Dieu nous aide !

Je le regardai, pour la première et unique fois de mon existence, avec mépris, avec rage.

— Que Dieu vous aide ? exclamai-je, hors de moi. Dieu aide ceux qui s’aident eux-mêmes ! C’est vous qui avez amené ceci ! Vous, oui vous ! Vous avez prêché ceci ! A vous maintenant de le réparer !