— Je suis le Comité ! répondis-je.
Il m’invectiva, le poing levé.
— Décampez ! criai-je avec fureur, sinon je vous fais pendre !
— Hou ! hou ! L’aristocrate ! répliqua-t-il.
Et élevant la voix :
— Par ici, les copains ! par ici ! Un aristocrate ! un aristocrate ! hurla-t-il.
A ces mots une vingtaine de ses pareils surgirent de l’escalier. Je me vis tout aussitôt entouré de faces patibulaires et d’yeux menaçants, d’êtres hideux vomis par les sentines de la ville. Une seconde de plus et ils allaient m’empoigner ; mais avec la rage du désespoir je m’élançai sur l’homme à la pince, et la lui arrachant à l’improviste, en un clin d’œil je l’abattis à mes pieds.
Mais en même temps je perdis l’équilibre, et tombai. Avant que je me fusse relevé, quelqu’un m’envoya sur la tête un coup de sabot qui m’étourdit à moitié ; cependant je réussis à me remettre sur pieds, et tapant comme un sourd je fis reculer mes adversaires, et pour un instant déblayai le terrain autour de moi. Mais la tête me tournait ; un brouillard ronge couvrait ma vue, les objets dansaient devant moi ; je n’arrivais plus à diriger mes coups, et je n’entendais plus les menaces et les nasardes qui m’arrivaient de tous côtés. Quelqu’un me tira par mon habit. Je me retournai en aveugle. Et tout aussitôt un coup formidable me fut porté — par qui et avec quoi, je l’ignorerai toujours — et je tombai comme une masse, privé de connaissance.
CHAPITRE XIV
CELA TOURNE MAL
Le pillage de l’hôtel de Saint-Alais, à Cahors, eut lieu en août, et les feuilles des noyers étaient encore vertes, quand je tombai sans connaissance. Les frênes étaient dénudés, et les chênes avaient pris leur rousse toison, lorsque la conscience des choses me revint peu à peu, et que je retrouvai la volonté de vivre en regardant le paysage automnal de dessus mon oreiller. Mais il s’écoula en réalité bien des jours encore où je menai une vie purement animale, réduit à manger, boire et dormir, et prenant l’abbé Benoît agenouillé à côté de mon lit pour un simple phénomène de la nature. Mais vint enfin une heure, dans les derniers jours de novembre, où la lucidité me revint, alors que ceux qui me veillaient en désespéraient presque ; et mes yeux venant à rencontrer ceux de l’excellent curé, je le vis se détourner pour verser des larmes de joie.