Une semaine plus tard, je savais tout — l’histoire complète, publique et privée, de ce prodigieux automne, que j’avais passé dans mon lit, tel un soliveau. Tout d’abord, et en évitant les sujets qui me touchaient de trop près, l’abbé Benoît me raconta les événements de Paris : les dix semaines de suspicion et d’attente qui suivirent les émeutes de la Bastille, ces semaines durant lesquelles les Faubourgs, timidement contenus par La Fayette et ses gardes nationaux, surveillaient jalousement Versailles, où l’Assemblée ne perdait pas de vue le roi ; la disette qui régna durant cette période harassante, et les bruits renouvelés que la cour méditait un coup de force ; puis ce malencontreux banquet de la reine, d’où sortit l’étincelle qui mit le feu aux poudres ; enfin, la sortie en masse des femmes de la halle sur Versailles, le 5 octobre, qui ramenant de force à Paris le roi et l’Assemblée, et faisant le roi prisonnier dans son propre palais, mit fin à cette période d’incertitude.
— Et depuis lors ? dis-je, en un pâle étonnement. Nous sommes au 20 novembre, me dites-vous ?
— Il ne s’est rien produit, répondit-il, rien que des symptômes et des présages.
— Mais encore ?
Il hocha la tête avec gravité.
— Tout le monde fait partie de la garde nationale : et d’une. Chez nous en Quercy, le corps que M. Hugues avait entrepris de former compte plusieurs milliers d’hommes. Tout le monde est armé, par conséquent. Puis, les lois de chasse étant abolies, tout le monde est chasseur. Et tant de nobles ont émigré, que l’on peut dire qu’il n’y a plus de nobles, ou bien que tout le monde est noble.
— Mais qui gouverne ?
— Les municipalités. Et là où il n’y en a pas, les Comités.
Je ne pus m’empêcher de sourire.
— Et le vôtre, de comité, monsieur le curé ? dis-je.