— Je n’y vais plus, dit-il, en fronçant un peu les sourcils. A parler franc, ils vont trop vite pour moi. Mais j’ai pire encore à vous apprendre.

— Quoi donc ?

— Le 4 août l’Assemblée abolissait les dîmes ecclésiastiques ; avant le milieu du mois on proposait de confisquer les biens de l’Église. Actuellement ce doit être chose faite.

— Hé quoi ! Le clergé va-t-il mourir de faim ? m’écriai-je avec indignation.

— Pas tout à fait, répondit-il avec un sourire mélancolique. Nous allons être payés par l’État… aussi longtemps que nous resterons dans ses bonnes grâces.

Il me quitta là-dessus ; et je restai à rêver, en regardant par la fenêtre, et m’efforçant de me représenter sous son nouvel aspect le monde qui s’étendait autour de moi. Puis André vint m’apporter un bouillon. Je me plaignis de le trouver si fade : la grande rafale de vie extérieure que les nouvelles avaient fait passer dans ma chambre, excitaient mon appétit, et me donnaient le dégoût des tisanes et des drogues.

Mais le vieux valet prit ma réclamation très mal.

— Oh bien ! monsieur, grommela-t-il, à quoi peut-on s’attendre de mieux, lorsque les fermages ne rentrent pas, qu’on a tordu le cou à la moitié de vos pigeons, et qu’il ne reste pas un lièvre dans le pays ? Quand on voit tout le monde chasser et baguenauder, et les forgerons et les tailleurs se pavaner à cheval — oui, et voire l’épée au côté ! — quand la noblesse a disparu ou se cache la tête dans l’oreiller, il n’y a rien d’étonnant à ce que le bouillon soit fade ! Si monsieur le vicomte aimait le bouillon fort, il aurait dû avoir la prudence de garder la vache lui-même, et non…

— Ta ta ta, mon ami, dis-je, en fronçant les sourcils à mon tour. Que devient Buton ?

— Monsieur veut parler de M. le capitaine Buton ? répondit le vieux valet en ricanant. Il est à Cahors.