— Et pourquoi ne l’avez-vous jamais demandé ? reprit-il.

— Ne le comprenez-vous donc pas, mon ami ? exclamai-je d’une voix altérée, en me soulevant, et retombant dans mon fauteuil, en proie à une agitation incoercible. Ne comprenez-vous pas que je voulais garder l’espoir ? Mais à présent ne me torturez pas davantage. Racontez, racontez-moi tout, mon ami, et alors…

— Je n’ai rien que d’heureux à vous raconter, répliqua-t-il joyeusement, afin de dissiper mes craintes dès les premiers mots. Vous savez tout le pis. Le pauvre M. de Gontaut fut tué dans l’escalier. Il était trop peu ingambe pour fuir. Les autres, jusqu’au dernier des serviteurs, ont gagné les toits des maisons voisines.

— Et ils ont échappé ?

— Oui. La ville a été en effervescence durant plusieurs heures, mais ils étaient bien cachés. Je crois qu’ils ont quitté le pays.

— Vous ne savez donc pas où ils sont ?

— Non. Je n’ai revu personne d’entre eux depuis l’attentat. Mais j’ai ouï dire qu’ils étaient dans un château ou dans l’autre, chez les Harincourt, ou ailleurs. Puis les Harincourt sont partis, vers la mi-octobre, et M. de Saint-Alais et sa famille ont dû les accompagner.

Dans l’excès de ma joie je restai tout d’abord incapable de dire un mot. Puis :

— Et vous ne savez rien de plus ?

— Rien, répondit le curé.