— C’est celui du forgeron, monsieur.
— Comment ? de Buton ?
— Hé oui, de Buton ! C’est une nouveauté que de l’attacher à la porte d’honneur, ajouta-t-il, ironiquement.
— Mais que fait-il ? Où est-il ?
— Il est là où il doit être, c’est-à-dire aux écuries, répliqua le vieux valet, d’un air revêche. Je dois dire que c’est le premier travail honnête qu’il ait accompli depuis longtemps.
— Il ferre des chevaux ?
— Que ferait-il d’autre ? Monsieur aurait-il l’intention de l’inviter à dîner avec lui ?
Sans m’arrêter à cette impertinence, je me dirigeai vers les écuries. J’entendis le râle du soufflet ; et en tournant le coin du bâtiment je tombai sur Buton au travail avec deux de ses aides. Le maréchal avait mis bas son habit, et ceint du vaste tablier de cuir, avec ses bras nus et noircis, il ressemblait au Buton d’il y avait six mois. Mais sur le devant de la forge se trouvaient des vêtements pliés avec soin en un petit tas : un habit bleu à revers rouges, un long gilet bleu, surmontés d’un chapeau à large cocarde tricolore. Quand il laissa retomber le pied du cheval dont il s’occupait, il se redressa pour me saluer, et me regarda d’un nouvel air, où il entrait de l’humilité et du défi.
— Est-il possible ? dis-je, le persiflant. C’est trop d’honneur, monsieur le capitaine ! Être ferré par un membre du Comité !
— Monsieur le vicomte a-t-il quelque chose à me reprocher ? dit-il, en rougissant sous son hâle.