— Moi ? Pas du tout. Je suis seulement accablé sous l’honneur que vous me faites.

— Je suis venu ici une fois par mois pour ferrer, reprit-il avec obstination. Monsieur a-t-il à se plaindre que ses chevaux ont souffert ?

— Non. Mais…

— Le château de monsieur le vicomte a-t-il souffert ? Lui a-t-on brûlé une seule gerbe de blé, pris un poulain dans ses prairies, ou un œuf dans son poulailler ?

— Non, dis-je.

Buton hocha la tête gravement.

— Puisque donc monsieur n’a rien à me reprocher, reprit-il, monsieur voudra bien me laisser finir mon ouvrage. Ensuite, je lui ferai part du message que j’ai à lui transmettre. Mais c’est confidentiel, et la forge…

— Ne vaut rien pour les secrets, même ceux du forgeron, répliquai-je, en lui lançant par-dessus l’épaule ce trait du Parthe. Eh bien ! venez me rejoindre sur la terrasse quand vous aurez fini.

Il arriva une heure plus tard, l’air fortement empêtré dans ses beaux habits, et l’épée — Dieu me pardonne ! — oui, l’épée au côté. Le fameux secret me fut bientôt révélé : il était porteur d’un brevet me nommant lieutenant-colonel de la garde nationale de la province.

— Ce brevet vous a été conféré sur ma demande, dit-il, avec une fierté maladroite. Il y en avait plusieurs, monsieur le vicomte, qui estimaient que vous ne vous étiez pas trop bien conduit dans l’affaire de l’émeute, mais je les ai vite remis à leur place. En outre j’ai déclaré : « Sans lieutenant-colonel, pas de capitaine ! » Et ils ne peuvent se passer de moi. C’est moi qui maintiens le calme par ici.