Il n’y songeait en aucune façon.

— Voulez-vous prendre votre place, monsieur ? dit-il doucement.

Je ne pouvais plus me dérober. Une centaine d’yeux, impatients ou simplement curieux, se posèrent sur moi. Le visage me brûlait.

— Je ne le puis, répondis-je.

Un grand silence se fit d’un bout à l’autre de la salle.

— Et pourquoi cela, monsieur, s’il m’est permis de vous le demander ? reprit Saint-Alais, encore plus doucement.

— Parce que je ne suis pas… tout à fait d’accord avec vous, bégayai-je, en affrontant tous ces regards le plus bravement possible.

— On connaît mes opinions, monsieur de Saint-Alais, continuai-je d’une voix plus ferme. Je ne puis jurer.

Il calma d’un geste la douzaine d’hommes prêts à m’invectiver.

— Paix, messieurs, dit-il, les rappelant à la dignité ; paix, je vous prie. Pas de menaces. M. de Saux est mon hôte ; et j’ai trop de respect envers lui pour ne respecter point ses scrupules. Nous avons, je pense, un autre moyen. Je ne me hasarderai pas à discuter en personne avec lui. Mais, madame, poursuivit-il, en adressant à sa mère un sourire inimitable, si vous voulez bien autoriser Mlle de Saint-Alais à jouer, pour cette unique fois, le rôle de sergent recruteur, elle ne saurait manquer de combler la brèche.