— Non, vous ne ferez même pas cela, répondit sans bouger Mme de Saint-Alais. Si vous vous rasseyez, je vous dirai pourquoi.

Je me rassis, contraint par son ton.

— Vous ne le ferez pas, continua-t-elle, en me regardant froidement en face, parce que je suis forcée de reconnaître, tout en vous détestant, que vous êtes un gentilhomme.

— C’est bien pour cela que je dois vous quitter.

— Au contraire, c’est pour cela que vous continuerez de voyager avec nous.

— Sur le siège, alors.

— Non, à l’intérieur, répliqua-t-elle tranquillement. Nous n’avons ni passeports ni papiers ; sans votre compagnie nous serions arrêtées dans chaque ville que nous traverserions. C’est regrettable, fit-elle, en haussant les épaules ; j’ignorais que l’état du pays fût si mauvais, sans quoi j’aurais pris mes précautions… c’est regrettable. Mais nous devons faire contre mauvaise fortune bon cœur et voyager ensemble.

Je fus envahi d’une onde brûlante de joie, de triomphe et de vengeance prochaine.

— Je vous remercie, madame, fis-je en m’inclinant, de m’avoir dit cela. Il paraît donc que vous êtes en mon pouvoir.

— Ah bah ?