— Et que pour vous rendre la peine que vous venez de causer à mademoiselle, je n’ai qu’à vous quitter.
— Allons donc !
— Je vois d’ici devant nous une petite ville : dans trois minutes nous y serons. Eh bien ! madame, si vous dites un mot de plus à votre fille, si vous l’outragez de nouveau en ma présence, fût-ce par un monosyllabe, je vous quitte et m’en vais de mon côté.
A mon étonnement, Mme de Saint-Alais laissa fuser un rire argentin.
— Vous n’en ferez rien, monsieur, dit-elle. Et je n’en traiterai pas moins ma fille comme il me plaira.
— Ne me mettez pas au défi !
— Je vous répète que vous n’en ferez rien.
— Dites-moi donc pourquoi ? Pourquoi je n’en ferais rien ? m’écriai-je.
— Parce que, répondit-elle, toujours riant, vous êtes un gentilhomme, monsieur le vicomte, et que vous ne pouvez pas plus nous quitter que nous mettre en danger. C’est pour cela, simplement.
Je retombai sur mes coussins, et lui lançai un regard d’indignation muette, car je vis dans un éclair mon impuissance et sa force. Les coussins me brûlaient ; mais je ne pouvais les fuir.