Après cet incident les hommes firent un peu moins de tapage, car la marquise avait deviné juste : le nom de Géol était connu et respecté. Ils ne tardèrent pas à se coucher sur le sol, enveloppés dans leurs manteaux. Je fis de même, et passai la nuit, somme toute, beaucoup mieux que je ne l’attendais.

Au début, il est vrai, je ne m’endormis pas tout de suite, mais plus tard je tombai dans un sommeil pénible, plein de cauchemars ininterrompus, et attribuables à l’air confiné de la pièce. Lorsque finalement je m’éveillai en sursaut, je trouvai quelqu’un penché sur moi. D’apparence il faisait encore nuit, car tout était silencieux ; mais les tisons rougeoyants de l’âtre jetaient une vague lueur dans la pièce, et me permirent de reconnaître Mme de Saint-Alais. C’était elle qui venait de m’éveiller. Elle me désigna les autres personnages, qui ronflaient encore.

— Chut ! fit-elle, le doigt sur les lèvres. Il est cinq heures passées. Jules est en train d’atteler. J’ai payé la bonne femme, et dans cinq minutes nous serons prêts.

— Mais le soleil ne se lèvera que dans une heure ! répondis-je.

Cela pouvait s’appeler un départ matinal !

La marquise n’en démordit pas.

— Voulez-vous donc nous exposer à ce que cela recommence ? me glissa-t-elle, dans un chuchotement furieux. Vous tenez à nous garder ici jusqu’à l’arrivée de Géol, peut-être ?

— Je suis à votre disposition, madame, déclarai-je.

Cette réponse lui suffit, et sans rien ajouter, elle s’éclipsa et disparut derrière le rideau, où je l’entendis chuchoter. J’enfilai mes bottes, et comme il faisait très froid dans la salle, je m’approchai du feu, et rassemblant du pied les tisons, je me chauffai une minute. Puis j’ajustai ma cravate et mon épée, que j’avais retirées, et me trouvai prêt à partir. Il était beaucoup trop tôt, à mon avis, et nous étions déjà partis si tôt la veille ! Mais enfin, puisque la marquise le désirait, c’était mon rôle de lui complaire.

Elle revint au bout d’un instant, et je m’aperçus, malgré le pâle éclairage, qu’elle trépidait d’impatience.