Hébété comme un homme réveillé en sursaut, je crus tout d’abord avoir rêvé le cri aussi bien que la douleur ; et je gémis dans ma détresse. Mais au même instant je sentis le foin s’agiter au-dessus de moi : le plus lourd de la masse qui m’écrasait fut retiré, je perçus des voix et des appels, je vis une faible lumière, et je compris que j’étais sauvé. En un clin d’œil on m’eut empoigné et dégagé, à grand renfort de cris et d’exclamations. Le manteau fut arraché de ma tête, et j’aperçus, étourdi et presque ébloui, une demi-douzaine de figures penchées sur moi et qui m’examinaient.
— Mais, doux Jésus ! c’est le monsieur qui est parti ce matin ! s’écria une femme.
Et, d’étonnement, elle jeta les bras au ciel.
Je la regardai. C’était la patronne de l’auberge. J’avais la gorge sèche et parcheminée, les lèvres gonflées ; mais en m’y reprenant à deux fois, je réussis à lui dire de me délier.
Elle obéit, au milieu de nouvelles exclamations de surprise et d’émerveillement ; puis, comme j’étais roide et engourdi à ne pouvoir remuer, on me transporta jusque sur le seuil de l’écurie, où quelqu’un plaça une escabelle, tandis qu’un autre m’offrait un verre d’eau. Cette eau et le grand air me ranimèrent, et au bout de quelques minutes je pus me tenir debout. Cependant on me pressait de questions ; mais je restais vertigineux et confondu, et il me fut tout d’abord impossible de rassembler mes idées. Mais bientôt un personnage qui s’approcha d’un air d’importance, en écartant la foule de rustres et de valets d’écurie qui m’entouraient, m’aida à recouvrer la parole.
— Qu’est ceci ? dit-il. Qu’est ceci, monsieur ? Comment-vous trouvez-vous dans cette écurie ?
La patronne de l’auberge répondit pour moi qu’elle l’ignorait ; que l’un des garçons en allant querir du foin avait piqué sa fourche dans ma jambe, et m’avait ainsi découvert.
— Mais qui est-ce ? demanda le nouveau venu d’un ton impératif.
C’était un homme grand et maigre, avec une petite figure chafouine et des yeux inquisiteurs.
— Je suis le vicomte de Saux, répondis-je.