— Hein ? fit-il, en traînant le monosyllabe. Et comment, monsieur le vicomte, si tel est votre nom, comment diantre vous trouvez-vous dans cette écurie ?
— J’ai été volé, soufflai-je.
— Volé ! répliqua-t-il en reniflant. Allons donc, monsieur ; il n’y a pas de voleurs dans notre commune.
— Pourtant, j’ai bien été volé, répliquai-je, idiotement.
Pour toute réponse, avant que je me fusse avisé de son intention, il plongea la main, sans cérémonie et sans un mot d’excuse, dans la poche de mon habit, et en retira une bourse. Il la leva en l’air à la vue de tous.
— Volé ? fit-il, d’un ton ironique. J’en doute, monsieur ; j’en doute !
Je regardai la bourse avec stupéfaction ; puis machinalement je portai la main à ma poche, et en tirai successivement plusieurs objets. Il avait raison. Je n’avais pas été volé. Tabatière, mouchoir de poche, ma montre et mes breloques, mon canif, avec un petit miroir, et un calepin, tout y était !
— Maintenant que j’y repense, dit soudain la bonne femme, il y a dans la maison une paire de valises : elles doivent appartenir à ce monsieur ! Je me demandais tout à l’heure à qui elles étaient.
— Elles sont à moi ! m’écriai-je, retrouvant la mémoire et la présence d’esprit. Elles sont à moi !… Mais dites : les dames qui étaient avec moi ? Elles ne sont pas parties ?
— Voilà trois heures qu’elles sont en route, répliqua la femme, en me dévisageant. Et j’aurais juré que monsieur était avec elles. Mais, à vrai dire, le jour pointait à peine, et une erreur est bientôt faite.