— Hé oui, fit-il, voilà précisément le hic, monsieur. Où sont vos papiers ?

— Je vous répète qu’on me les a volés ! m’écriai-je, en fureur.

— Et je vous dis, moi, que cela reste à prouver, répliqua-t-il. En tant que cela ne sera pas prouvé, vous ne partirez pas d’ici. Voilà tout, monsieur, et la chose est simple.

— Et qui donc, repris-je avec indignation, qui donc êtes-vous, je voudrais le savoir, monsieur, vous qui arrêtez les voyageurs sur la grand’route et leur demandez leurs papiers ?

— Tout bonnement le président du Comité local, répondit-il.

— Et vous imaginez-vous, dis-je, révolté par sa bêtise, que je me sois lié les mains et étouffé moi-même sous ce foin, tout exprès ? Exprès pour passer par votre maudit village ?

— Je ne suppose rien, monsieur, répondit-il froidement. Mais nous sommes ici sur la route de Turin, où M. d’Artois est en train, paraît-il, d’assembler les mécontents ; et sur celle de Nîmes, où des personnes malintentionnées arborent la cocarde rouge. Et sans papiers, personne ne passe.

— Mais que prétendez-vous faire de moi ? demandai-je, voyant que les rustres qui béaient autour de nous le considéraient à l’instar d’un vrai Salomon.

— Vous garder, monsieur le vicomte, jusqu’à ce que vous vous soyez procuré des papiers, répondit-il.

— Mais, mordieu ! fis-je. Ce n’est pas des plus commodes, ici. Y a-t-il apparence que quelqu’un me connaisse ?