— D’où je le connais ? reprit-elle avec ingénuité. Ah ! voilà la question !

Elle s’abstint d’y répondre ; mais je m’aperçus que dès lors elle prit avec moi un ton nouveau. Elle se départit grandement de la réserve qu’elle avait gardée jusque-là, et se mit à déverser sur moi un feu roulant de spirituel badinage et d’aimables épigrammes, contre quoi j’avais peine à me défendre, car elle avait l’avantage d’en savoir plus que moi. Une telle passe d’armes avec une aussi jolie adversaire ne manquait pas d’attraits, d’autant que Denise et mes relations avec elle formaient les sujets principaux de ses railleries ; pourtant je ne fus pas fâché lorsqu’une horloge, en sonnant huit heures, produisit en elle un brusque silence et une modification aussi grande que la première. Son visage s’assombrit, elle soupira, et resta à regarder devant elle avec gravité. J’osai lui demander si quelque chose la tracassait.

— En effet, monsieur, répondit-elle. Je dois maintenant vous mettre à l’épreuve ; et vous pourriez y succomber.

— Que désirez-vous que je fasse ?

— Je désire que vous m’escortiez, répondit-elle, pour aller à un certain endroit et en revenir.

— Je suis prêt, m’écriai-je, en me levant avec empressement. C’est dans le cas contraire que je serais félon. Mais il me semble, madame, que vous alliez vous nommer.

— Je suis Mme Catinot, répondit-elle.

Et je ne sais ce qu’elle lut sur mon visage, car elle ajouta, en rougissant très fort :

— Je suis veuve. Mais vous n’en êtes pas plus avancé.

— Je n’en reste pas moins à votre service, madame.