— Je ne crois pas que vous m’ayez jamais encore parlé sur ce ton, monsieur, dit-elle, d’un air de vif reproche. Si je l’ai mérité… ou plutôt, veux-je dire, reprit-elle sans élever la voix, mais les yeux étincelants, si c’est parce que vous avez trouvé M. le vicomte avec moi, il s’ensuit que vous en concluez des indignités. Vous nous outragez, moi comme votre ami.
— Le ciel m’est témoin du contraire ! exclama-t-il.
Mais elle était montée.
— Cela ne me suffit pas, reprit-elle d’un ton ferme et hardi. De toute une semaine, cette maison est à moi, monsieur Louis. Ensuite seulement vous y serez chez vous. Et alors peut-être… peut-être, reprit-elle, d’une voix soudain brisée de tristesse, je vous pardonnerai votre conduite de ce soir. Alors peut-être, monsieur, un mot tendre de vous saura effacer vos paroles brutales d’aujourd’hui.
Il ne put résister à son accent navré. Il tomba à genoux devant elle et lui prit les mains.
— O mon amie ! chère Catherine ! pardonnez-moi ! s’écria-t-il avec feu, lui baisant les mains sans relâche et sans le moindre souci de ma présence. Pardonnez-moi ! je suis un misérable ! Vous êtes mon réconfort unique, ma seule consolation. Depuis que je l’ai vu, je ne sais plus ce que je dis. Pardonnez-moi !
— Je vous pardonne ! dit-elle avec empressement. Relevez-vous, monsieur !
Et elle essuya une larme furtive, puis me regarda en rougissant, mais de joie.
— Oui, je vous pardonne, reprit-elle. Quoique en vérité, mon cher, je ne vous comprenne plus. L’autre jour vous parliez si affectueusement de M. de Saux, et aussi, excusez-moi, de votre sœur, et d’autres sujets encore. Aujourd’hui que M. de Saux est présent, vous voilà malheureux.
— Et il y a de quoi ! fit-il, en me jetant un coup d’œil hagard et désolé.