— Je ne vous le dirai pas.
Après quoi nous restâmes à nous dévisager, tandis que Mme Catinot nous surveillait du coin de l’œil. A coup sûr les événements des derniers mois, qui avaient si fort changé et durci Mme de Saint-Alais, n’avaient pas eu moins d’influence sur Louis. Je croyais presque avoir en face de moi, au lieu du frère cadet, M. le marquis l’aîné, qui me bravait ; et cependant, sous le masque farouche revêtu par Louis, j’entrevoyais, me semblait-il, son ancien visage, irrésolu et navré.
J’essayai de cette corde.
— Allons, fis-je, m’efforçant de ravaler mon courroux et de parler raison, ce ne peut être sérieux, ce que vous me dites là, monsieur le comte, et nous nous sommes échauffés tous les deux. Il fut un temps où nous nous accordions, et où vous ne répugniez pas à m’avoir comme beau-frère. Allons-nous, à cause de ces malheureuses divergences d’opinion…
— Des divergences d’opinion ! s’écria-t-il, m’interrompant avec rudesse. L’hôtel de ma mère, à Cahors, ne possède plus que les quatre murs. Le château de mon frère, à Saint-Alais, n’est plus qu’un amas de cendres. Et vous parlez de divergences d’opinion !
— Eh bien ! appelez-les comme il vous plaira.
— En outre, interrompit vivement Mme Catinot, excusez-moi, monsieur, en outre, monsieur de Saint-Alais, vous connaissez notre besoin de nouveaux convertis. M. le vicomte est un gentilhomme, et il est sensé et religieux. Il s’en faut de peu, de bien peu, ajouta-t-elle, en m’adressant un léger sourire, qu’il ne soit persuadé. Que diriez-vous, si la main de votre sœur achevait la besogne, et si Mme votre mère y consentait ?
— Même alors il ne l’obtiendrait pas ! répliqua-t-il, d’un ton farouche et les yeux détournés de moi.
— Mais il y a huit jours, reprit la jeune dame, tout étonnée, vous me disiez…
— Il y a huit jours n’est pas aujourd’hui, fit-il. D’ailleurs je n’ajouterai plus qu’un mot. Je suis fâché de vous voir à Nîmes, monsieur le vicomte, et je vous prie de vous en retourner chez vous. Vous ne pouvez faire aucun bien ici, et vous pouvez faire du mal et en éprouver. Par aucun moyen vous n’arriverez à vos fins.