— C’est ce qui reste à savoir, répliquai-je avec entêtement, courroucé à mon tour. Et d’abord, puisque vous dites que je ne puis trouver Mlle Denise, j’emploierai un moyen bien simple. Je vais attendre ici votre départ, monsieur, et alors je vous suivrai jusque chez vous.

— Vous ne ferez pas cela ! fit-il.

— Je vous assure bien que je n’y manquerai pas, ripostai-je, sur un ton de défi.

Mais Mme Catinot intervint.

— Non, monsieur de Saux, dit-elle avec noblesse. Vous ne ferez pas cela ; j’en suis assurée ; ce serait abuser de mon hospitalité.

— Vous me le défendez ?

— Je vous le défends.

— En ce cas, madame, j’y renonce. Mais…

— Pas de mais ! Faites trêve maintenant, je vous prie, dit-elle avec fermeté. Si vous devez être en guerre tous les deux, ne commencez pas ici. Mieux vaut d’ailleurs, il me semble… que je vous prie de vous retirer, conclut-elle, en me jetant un regard suppliant.

Je regardai Louis. Mais il s’était détourné, et affectait de m’ignorer. Ce fut le coup de grâce pour moi. Il m’était impossible de répliquer à Mme Catinot, lorsqu’elle me parlait sur ce ton ; et impossible également de rester chez elle contre sa volonté. Je la saluai donc en silence ; et d’aussi bonne grâce qu’il me fut possible, malgré ma tristesse et mon dépit, j’allai prendre mon manteau et mon chapeau sur la chaise où je les avais posés.