— Je suis désolée, fit-elle avec grâce.

Et elle me tendit la main.

Je la portai à mes lèvres.

— Demain… à midi… ici, chuchota-t-elle.

Je tressaillis. Sa voix était si basse qu’il me fallut presque deviner le sens de ses paroles ; mais ses yeux en disaient long, et je compris leur muet langage. Ce fut l’affaire d’un instant ; puis elle s’éloigna, et moi-même, jetant un dernier regard attristé à Louis qui me tournait le dos, je me retirai.

L’homme qui m’avait introduit se tenait dans le vestibule.

— Votre cheval est à l’auberge du Louvre, monsieur, dit-il, en m’ouvrant la porte.

Je lui donnai la pièce, et sortis, sans savoir le moins du monde où j’allais. Je suivis la rue, plongé dans mes réflexions, tant et si bien que j’allai donner tête baissée en plein contre quelqu’un. Réveillé du coup, je regardai autour de moi. J’avais passé un peu plus de trois heures dans cette maison, et mon arrivée dans Nîmes ne datait guère de plus longtemps ; mais ce court espace avait été rempli de telle sorte que je m’étonnai de voir des rues inconnues, et de m’y trouver seul, ne sachant par où me diriger. Il était au moins dix heures du soir, et de rares lanternes se balançant çà et là mettaient aux carrefours un rond de clarté fuligineuse ; et néanmoins il y avait encore beaucoup de monde dehors : quelques-uns s’arrêtaient à causer, mais la plupart allaient dans une même direction, les hommes emmitouflés jusqu’aux yeux, les femmes un voile sur le visage.

La nécessité de trouver un gîte me fit oublier pour l’heure ma préoccupation dominante, à savoir : ce que signifiait la conduite de Louis. J’arrêtai un homme qui ne suivait pas le flot, et lui demandai le chemin de l’hôtel du Louvre. J’appris de lui, non seulement ce chemin, mais le motif de ce concours de peuple.

— Il vient d’y avoir une procession, me lança-t-il, d’un ton rêche. J’aurais cru que vous saviez cela ! ajouta-t-il, avec un coup d’œil à mon chapeau.