Et il tourna les talons.
Je me souvins de ma cocarde rouge, et avant de faire un pas de plus, je pris soin de m’en débarrasser. Comme je me remettais en marche, un individu me dépassa, et tout en courant il me fourra un papier dans la main. Je n’eus pas le temps d’ouvrir la bouche, qu’il était déjà loin ; mais cet incident, joint à l’animation des rues, singulière vu l’heure tardive, contribua encore à me distraire de mes pensées. Je ne fus pas surpris, en arrivant à l’auberge, de m’entendre dire qu’il ne restait plus une seule chambre.
— Mon cheval est déjà chez vous, insistai-je, car je me figurais que le patron, me voyant à pied, se méfiait peut-être du poids de ma bourse.
— Je le sais, monsieur ; mais tout ce que je puis vous offrir, c’est de coucher dans la salle à manger, répondit-il très poliment. Et croyez-moi, vous ne serez pas mieux ailleurs. C’est comme s’il y avait la foire à Beaucaire. La ville est pleine d’étrangers. Il y en a presque autant que de ces machins-là ! conclut-il d’un air agacé, en désignant le papier que je tenais toujours.
J’y jetai un coup d’œil : c’était un manifeste intitulé : « Sacrilège ! La Sainte Vierge pleure ! »
— On vient de me le fourrer dans la main à la minute, dis-je.
— Bien entendu, fit-il. Un matin en nous levant nous en avons trouvé les murs tout couverts. Une autre fois il en volait des nuées par les rues.
— Savez-vous, hasardai-je, comprenant qu’il avait soupé et qu’il ne demandait qu’à parler, où loge le marquis de Saint-Alais ?
— Non, monsieur, répondit-il. Je ne connais pas ce gentilhomme.
— Il est pourtant ici avec sa famille.