Et il me fit monter un escalier de pierre, vieux et malpropre, qui servait à beaucoup de gens, et dont nul ne prenait soin.

— C’est ici que vous logez ? lui demandai-je.

— Oui, c’est ici, fit-il, et il s’arrêta court, en me regardant d’un air gêné. Mais il y fait bien triste, monsieur le vicomte, ajouta-t-il, en allant pour redescendre, et mieux vaudrait peut-être…

— Non, non ! m’écriai-je, brûlant d’impatience. Allons chez vous, mon ami ! Chez vous ! puisque vous logez dans la maison ! Je ne puis attendre. Je vous ai découvert, et il ne se passera pas une minute de plus sans que je sache la vérité.

Il balançait encore, et même il alla pour balbutier une défaite. Mais je ne voulus rien entendre, et il dut se résigner à me guider lentement jusqu’au plus haut de la maison, où il avait sous les tuiles une petite chambre garnie d’un matelas et d’une chaise, avec deux ou trois volumes et un crucifix. Une petite lucarne donnait accès à la lumière, et non seulement à elle, car à notre entrée un pigeon s’envola du carreau et prit son essor par l’ouverture.

Il eut une exclamation d’ennui, et m’avoua qu’il leur donnait parfois à manger.

— Ils me tiennent compagnie, fit-il tristement. Et je n’en ai guère trouvé d’autre ici.

— Vous y êtes pourtant venu de votre plein gré, ripostai-je brutalement.

Je n’en pouvais plus d’angoisse, et ce fut de la sorte qu’elle se traduisit.

— J’y suis venu perdre mes dernières illusions, répondit-il. Depuis des années, vous le savez, monsieur le vicomte, j’attendais la réforme, la liberté, la délivrance. Et je communiquais à autrui mon espoir. Eh bien ! nous avons obtenu tout cela, vous le savez, et pour user de sa liberté, le peuple n’a rien eu de plus pressé que d’attenter à la religion. D’ailleurs je suis venu ici parce que l’on m’avait dit qu’ici les défenseurs de l’Église sauraient résister ; qu’ici l’Église était forte, la religion en honneur, la foi toujours vivace. Je suis venu pour retremper mon espoir à l’espoir d’autrui. Or, je n’aperçois d’un côté comme de l’autre que mensonge, traîtrise et chicane. Et la violence règne partout.