— Vous savez donc cela ? fit-elle.
— Oui, je le sais, répliquai-je.
— Eh bien ! sachez encore ceci, monsieur, reprit-elle en relevant la tête et soutenant mon regard avec un air de parfaite intrépidité ; sachez encore ceci : quoi qu’il advienne, je refuse de l’épouser, lui, ou tout autre que vous.
J’allai pour me jeter à genoux et baiser la frange de sa robe, mais elle se recula et me pria instamment de me retirer.
— Vous n’êtes pas en sûreté dans cette maison, fit-elle. La mort vous y guette, monsieur, la mort ! Ma mère est sans pitié, mon frère est ici ; et quant à lui… la maison est pleine de ses âmes damnées. Une fois déjà vous lui avez échappé de près ; mais s’il vous retrouve ici maintenant il vous tuera !
— Mais si je dois le craindre tellement, répondis-je d’un air sombre, — car depuis qu’elle avait cessé de rougir je voyais son extrême pâleur, et les cernes bistrés que la crainte avait appliqués sous ses yeux, — si je dois le craindre tellement, qu’en est-il pour vous ? Pour vous, mademoiselle !… Dois-je donc vous abandonner à sa merci ?
Elle tourna vers moi un visage empreint d’un sérieux extraordinaire, et je n’oublierai jamais sa réponse :
— Monsieur, ai-je eu peur sur le toit du château de Saint-Alais ? Et je n’ai pas davantage à sauver maintenant. Ne craignez rien, il y a un toit ici aussi, et je m’y promène : mon mari n’aura jamais à rougir de moi.
— Mais à Saint-Alais j’y étais, répliquai-je vivement.
Dieu sait pourtant si la réplique était singulière. Mais elle n’en jugea pas ainsi.