— Cela ne sert à rien ! chuchota Denise d’une voix altérée, et, pâle comme la neige, elle s’appuya contre la table. Ils vont prévenir ma mère, et ils vous tueront.
— Il n’y a pas d’autre porte ? balbutiai-je, en promenant autour de moi des yeux de bête traquée, et saisissant pour la première fois dans sa plénitude le danger de ma conduite.
Elle secoua la tête.
— Et cela, qu’est-ce que c’est ? fis-je, en désignant l’autre extrémité de la pièce, où l’on voyait un lit au fond d’une alcôve.
— C’est un cabinet, répondit la femme, avec un hoquet de joie. C’est cela, monsieur, c’est cela, ils s’abstiendront peut-être d’y fouiller. Vite, que je puisse vous enfermer.
En pareil cas, l’on n’obéit qu’à l’instinct. J’entendis manœuvrer le loquet de la porte, après quoi on frappa un coup impérieux. J’hésitais toujours. Mais un second coup succéda au premier, et une voix familière cria impérativement :
— Ouvrez, Françoise, ouvrez !
Alors, je me dirigeai vers le cabinet. La fille éperdue de terreur hésita un instant entre moi et la porte de la chambre ; mais elle se décida enfin pour cette dernière, si bien que je tirai simplement sur moi la porte du cabinet.
A l’instant même je m’avisai que, si l’on me découvrait là, je compromettais Denise. Si j’étais pris à me cacher derrière cette porte close et parmi ses objets féminins, je lui ferais cent fois plus de tort qu’en restant au milieu de la chambre pour affronter le péril. Et le visage en feu à cette seule pensée, je rouvris la porte et m’avançai d’un pas. Il n’était que temps : car à la même seconde la porte de la chambre s’ouvrait, et M. de Saint-Alais y pénétrait. Son premier coup d’œil fut pour moi.
Trois ou quatre hommes l’accompagnaient, entre autres celui auquel j’avais faussé compagnie dans l’escalier. Mais je rencontrai le regard de M. de Saint-Alais tout flamboyant de colère, et n’en pus détacher mes yeux : dès lors les autres n’existèrent plus pour moi.