CHAPITRE XXII
NOBLESSE OBLIGE
Il ne fut pourtant pas le premier à parler. L’un de ses acolytes fit un pas en avant, et s’écria :
— C’est lui ! Voyez, il tient encore son canon de mousquet.
— Eh bien, saisissez-vous de lui, répliqua M. de Saint-Alais. Et emmenez-le hors d’ici ! Monsieur, continua-t-il, en s’adressant à moi d’un ton et d’un air féroces, qui que vous soyez, lorsque vous avez entrepris le métier d’espion, vous en avez pesé les conséquences, j’imagine ? Emmenez-le, mes amis !
Deux des individus s’avancèrent, et m’empoignèrent par les bras. La surprise que me causaient l’apparition et le discours de M. de Saint-Alais m’empêcha de faire aucune résistance. Mais en de pareils cas la pensée devient prompte, et en un clin d’œil je me ressaisis.
— Voilà qui est absurde, monsieur de Saint-Alais, fis-je. Vous savez bien que je ne suis pas un espion. Vous savez pourquoi je suis ici. Et quant à ce déguis…
— Je ne veux rien savoir ! répliqua-t-il.
— Mais…
— Je ne veux rien savoir, vous dis-je ! répéta-t-il, avec un geste gouailleur. Si ce n’est, monsieur, que nous vous trouvons ici, vêtu en moine, ce que vous n’êtes évidemment pas. Vous auriez mieux fait de tenter à la nage la traversée du Rhône en pleine crue, que de pénétrer ce soir dans cette maison, je vous le garantis… Et maintenant, dehors ! On lui réglera son procès en bas.
Mais je n’y tins plus. Je repoussai les hommes qui me maintenaient, et fis un bond en arrière.