— Je ne veux pas ! exclama-t-elle, je ne veux pas !

Et à ma surprise, lâchant le bras auquel elle s’agrippait, et d’une secousse rejetant en arrière ses cheveux dérangés par ses brusques mouvements, elle se redressa d’un air provocateur.

— Je ne veux pas ! reprit-elle. Ce n’est pas un espion, et vous le savez bien, monsieur. Il m’aime, poursuivit-elle, avec un geste orgueilleux, et il est venu pour me voir. M’entendez-vous ? C’est mon fiancé, qui est venu me rendre visite.

— Jeune fille, êtes-vous folle ? grinça-t-il, dans le silence général.

Et dans le même silence tous les yeux se fixèrent sur elle.

— Je ne suis pas folle, répondit-elle, pâle et les yeux flamboyants.

— Insensible à la honte, le serez-vous aussi à la crainte ? lui lança-t-il, d’une voix terrible.

— La crainte ? Quand je vous dis que j’aime ! Et que je l’aime, lui !

Je ne saurais décrire les sentiments que cet aveu m’inspira. D’une part, j’étais dans une fureur telle que je me connaissais à peine ; et d’autre part, la jeune fille n’eut pas plus tôt prononcé ces paroles que M. le marquis la saisit brutalement par la taille et l’entraîna, malgré ses cris et sa résistance, jusqu’à l’autre bout de la pièce.

Ce fut le signal d’une scène innommable. Je m’élançai pour lui porter secours ; aussitôt les trois hommes se jetèrent sur moi, et leur commune poussée me refoula vers la porte. Saint-Alais, écumant de rage, leur hurlait de m’emmener, tandis que je le traitais de lâche, l’invectivais, et m’efforçais vainement de l’atteindre. Un instant je réussis à leur tenir tête à tous trois, malgré leur nombre. Les cris de la jeune fille augmentaient le tumulte. Puis la force des choses l’emporta ; ils finirent par m’entraîner hors de la chambre, dont la porte se referma sur Denise et sur ses appels.