Mais il se contenta de hausser les épaules et de regarder plus attentivement au loin. Je suivis son exemple. Pour un temps rien ne se produisit ; mais tout à coup, aussi brusquement que si s’ouvrait une porte qui eût jusque-là étouffé le bruit, un tonnerre de vociférations éclata, et une foule énorme se déversa par l’extrémité la plus proche dans la rue au-dessous de moi, et refluant dans toute sa longueur à grands renforts de hurlements et d’armes brandies — qui entouraient au centre un crucifix et un peloton de moines — tourna le coin à l’autre bout et disparut. Quelque temps je continuai d’entendre le gros de leurs cris, et le suivis du côté des casernes, d’où arrivait par intervalles le déchirement de la fusillade. J’en conclus que c’était un renfort venu à l’appel de Froment. Après quoi, regardant par hasard au-dessous, je vis que la moitié des domestiques avaient disparu, et que des formes humaines commençaient à se glisser par les rues jusqu’alors désertes. Je me mis à trembler. Le dénouement se produisait plus tôt que je l’avais cru.

Je hélai l’un des hommes et lui demandai où étaient les dames.

Il leva vers moi une face blême.

— Je ne sais pas, monsieur, répondit-il brièvement, et il détourna aussitôt les yeux.

— Elles sont en bas ?

Mais il guettait avec trop d’attention pour me répondre, et ne fit que secouer la tête avec impatience. Je ne voulais pas quitter la plate-forme, et je lui donnai l’ordre de porter mes compliments à Mme de Saint-Alais et de la prier de monter. Je trouvais singulier qu’elle ne l’eût pas encore fait, car les femmes ne résistent guère à la tentation de voir.

Mais l’homme était trop effrayé pour s’occuper de nul autre que de lui-même — c’était, je pense, l’un des cuisiniers — et il ne bougea pas ; tandis que ses compagnons se bornaient à crier :

— Tout à l’heure, monsieur, tout à l’heure.

Je perdis patience ; et courant à l’échelle, je la descendis et marchai droit à eux.

— Tas de gredins ! exclamai-je. Où sont les dames ?