Quelques-uns se retournèrent vers moi en sursautant.

— Vous dites, monsieur ?

— Où sont les dames ? répétai-je avec irritation.

— Oh ! je n’avais pas saisi, répliqua ironiquement le plus voisin. Elles sont allées prier dans la chapelle, monsieur.

— Dans la chapelle ?

— Mais oui : chez les Capucins.

— Elles ne sont donc plus ici ?

— Non, monsieur, répondit-il, les yeux détournés. Mais… que se passe-t-il ?

Et, attiré par le bruit, il s’éloigna de moi, pâlissant encore. Je le suivis jusqu’au parapet, où je me penchai. La vue, sans être aussi étendue que de la tour, découvrait la rue principale orientée vers le midi : elle était pleine d’une foule qui la remontait dans notre direction, en désordre et par détachements, les uns lancés à fond de train, les autres au pas de course, par quatre ou cinq de front ; et tous à chaque instant regardaient derrière eux.

Les domestiques comprirent bien vite ce que cela signifiait. En un clin d’œil leur groupe se dispersa. Courant pêle-mêle, et répétant : « Nous sommes vaincus ! » ils traversèrent les plombs, gagnèrent l’escalier et se mirent à descendre. Je restai une minute encore aux aguets ; mais le torrent des fuyards, loin de tarir, grossissait toujours, leur allure s’accélérait, les derniers venus regardaient plus fréquemment derrière eux en serrant leurs armes ; le fracas de la lutte, les hurlements, les appels, les détonations, se rapprochaient : ma décision fut bientôt prise. L’escalier à présent était libre ; je le dégringolai jusqu’à la porte de l’étage supérieur, par où j’avais pénétré dans la maison, la veille au soir. Je soulevai le loquet, mais reculai : la porte était fermée à clef ! Avec une exclamation déçue, et pris d’une hâte fébrile, — car dans les ténèbres de l’escalier j’ignorais alors ce qui se passait, et me représentais des catastrophes, — je me remis à descendre la spirale, au bas de laquelle j’arrivai dans le cloître formant vestibule.