Je le trouvai encombré d’hommes en armes, sombres et exaspérés ; et assiégé au dehors par d’autres individus, qui s’efforçaient d’y pénétrer. Un instant de plus, et j’aurais trouvé l’escalier obstrué par le flot de ceux qui le remontaient ; et j’aurais été bloqué sur le toit. En fait, je dus attendre plusieurs minutes avant de pouvoir me frayer un chemin dans la presse, refoulé que je fus contre la muraille, où me cloua la ruée vers l’intérieur. Proche de moi, cependant, j’avisai l’un des domestiques dans la même situation, et je le tirai par la manche.
— Où sont les dames ? fis-je. Sont-elles revenues ? Sont-elles ici ?
— Je n’en sais rien, dit-il, le regard fuyant.
— Sont-elles encore dans la chapelle ?
— Je l’ignore, monsieur, répliqua-t-il avec impatience.
Et apercevant, je suppose, celui qu’il cherchait, il me repoussa, avec la brutalité de la peur, et, se jetant parmi la foule, disparut.
Il régnait dans la place un tel tohu-bohu d’hommes entrant et sortant, criant des ordres ou fendant la presse, que je ne savais que faire. Les uns réclamaient Froment, d’autres voulaient que l’on fermât les portes ; celui-ci criait que tout était perdu, celui-là que l’on montât la poudre de la cave. C’était une confusion à perdre la tête, et je restai plusieurs minutes en son centre, coudoyé, bousculé, ballotté de côté et d’autre. Où étaient les femmes ? Où étaient-elles ? Ce doute m’affolait. Je m’accrochai à une demi-douzaine de mes plus proches voisins, et le leur demandai ; mais tous se récrièrent farouchement qu’ils l’ignoraient — comment l’auraient-ils su ? — et se dégageant de moi sauvagement ils m’échappèrent comme le domestique. Tous ceux-là, en effet, étaient de l’espèce la plus vulgaire. Il n’y avait là ni Froment, ni Saint-Alais, ni les chefs, mais un ou deux seulement des braves qui étaient partis avec eux.
Je ne crois pas m’être jamais trouvé en plus pénible situation. Denise était-elle encore dans la chapelle, ou bien dans les rues, exposée à des périls auxquels je n’osais songer ? ou d’autre part serait-elle sauve dans la chambre voisine, ou à l’étage supérieur, sur le toit ? Dans l’inouïe confusion, il m’était impossible de l’apprendre, tout comme de faire un mouvement. Mon seul espoir semblait être dans le retour de Froment. Mais après une minute de vaine attente, qui me parut durer un siècle, je perdis patience, et refoulant la presse, gagnai une porte qui devait mener au corps de logis principal.
L’ayant dépassée, je retrouvai le même désordre : ceux-ci, remontant la poudre des caves, obstruaient le passage ; ceux-là se mettaient en devoir de piller la maison. A ce rez-de-chaussée, j’avais peu d’espoir de trouver celles que je cherchais ; et après avoir regardé en vain de tous côtés, j’avisai un escalier, et montant rapidement jusqu’au second étage, m’élançai vers la chambre de Denise… La porte était fermée à clef.
Je la martelai follement, j’appelai, j’attendis, aux écoutes, et j’appelai encore ; mais je ne perçus aucun bruit à l’intérieur ! Convaincu enfin, j’y renonçai et passai aux portes voisines. Les deux premières étaient closes également ; la troisième et la quatrième chambre étaient ouvertes et vacantes. La dernière où je pénétrai était celle d’un homme.