Saint-Alais fut le premier à recouvrer sa présence d’esprit et à agir, si l’on peut appeler action ce qui fut simplement oratoire, puisque nous étions pris sans remède et écrasés par le nombre. Plaçant sa mère derrière lui il présenta un mouchoir blanc aux hommes — qui étaient à trente pas de nous, devant la porte de l’église — et les adjura de laisser passer les femmes. Comme ils refusaient il alla jusqu’à les provoquer et les traita de lâches, qui n’osaient pas affronter des hommes libres de leurs mouvements.

Mais ils ne lui répondaient que par des railleries et des menaces, et des rires sauvages :

— Non, non, monsieur le prêtre ! criaient-ils. Non, non, sortez, et venez goûter du fer. Alors, il se peut que nous laissions aller les femmes. Mais ce n’est pas sûr !

— Tas de lâches ! lança-t-il.

Mais ils se contentèrent de brandir leurs armes en riant, et hurlant :

— A bas les traîtres ! A bas les prêtres ! Sortez de là, sortez, messieurs ! ou nous viendrons vous tirer des jupes de vos femmes !

Il leur décocha un regard de fureur indicible. Puis un homme sortit de leurs rangs et apaisa le tumulte.

— Et maintenant attention ! dit l’homme, une espèce de géant, aux longs cheveux noirs retombant sur une face livide. Nous vous donnons trois minutes pour venir vous présenter aux piques. Si oui, les femmes s’en iront. Si vous restez là derrière elles, nous tirons dans le tas, et que leur sang retombe sur vos têtes !

Saint-Alais resta muet. Enfin, d’une voix horrifiée, il s’écria :

— Vous nous tueriez sous leurs yeux ?