J’ai dit que les émeutes de Nîmes durèrent trois jours. Le dernier, Buton vint me trouver pour nous engager à partir. Afin d’éviter des malheurs plus grands nous devions quitter la ville sans retard, ou bien lui et le parti modéré qui nous avait sauvés ne répondraient plus de rien. Louis était d’avis de se retirer à Montpellier, et de là chez les émigrés de Turin ; et pendant quelques heures je partageai son point de vue, désireux avant tout de mettre les femmes en sûreté.
Je suis redevable à Buton de n’avoir pas pris cette décision, que j’aurais sans nul doute regrettée plus tard. Il me demanda carrément si je partais, et sur ma réponse affirmative, il alla s’adosser à la porte.
— A Dieu ne plaise ! fit-il. Tant pis pour ceux qui s’en vont. Il n’en reviendra guère.
Je lui répliquai avec fougue :
— Jamais de la vie ! Dans moins d’un an vous nous prierez à deux genoux de revenir.
— Et pourquoi cela ? fit-il.
— Vous ne sauriez maintenir l’ordre sans nous !
— Avec facilité, répliqua-t-il froidement.
— Voyez plutôt où en sont les choses ici !
— Ce n’est que passager.