Le président fit un signe affirmatif.

— Et qu’importe ce détail ? Qu’importe ? répliqua fougueusement Saint-Alais. Qu’est-ce que cela nous fait, monsieur ? reprit-il, en promenant à la ronde des yeux qui semblaient darder en un faisceau tout le mépris de son âme hautaine. Elles sont ouvertes, dites-vous ? Eh bien ! qu’elles restent ouvertes. Le peuple entendra les deux parties, et non plus seulement ceux qui les flagornent ; ceux qui, tablant sur sa faiblesse et son ignorance, et arguant de ses droits et de nos torts, croient se hausser au niveau des Retz et des Cromwell ! Oui, monsieur le président, continua-t-il, cependant que je cherchais en vain à l’interrompre, et que la moitié de l’Assemblée se mettait debout en tumulte, je répète ma phrase : … qui à l’ambition d’un Cromwell ou d’un Retz joignent leur violence, mais non pas leurs talents !

Un reproche aussi injuste me piqua au vif, et je l’interpellai violemment :

— Monsieur le marquis, si c’est à moi que vous faites allusion par cette phrase…

Il eut un rire de mépris.

— Entendez-le comme il vous plaira, monsieur.

— Je repousse l’insinuation, je la répudie ! m’écriai-je. M. de Saint-Alais m’appelle un Retz, un Cromwell !

— Excusez-moi, trancha-t-il en hâte, un prétendu Retz !

— Un traître, d’une façon comme de l’autre, ripostai-je, en m’évertuant à dominer les rires que sa répartie soulevait dans la salle. Un traître en tout cas ! Mais je dis, moi, que le vrai traître est celui qui à cette heure, par ses conseils, mène le roi à sa perte.

— Et non celui qui vient ici avec un renfort de populace ? rétorqua Saint-Alais, dont la violence ne le cédait pas à la mienne. Celui qui prétend, à lui seul, en morigéner cent autres, et dicter des ordres à cette Assemblée ?