— Ces nouvelles-là donnent des ailes, répondit avec force l’abbé Benoît. Je le répète, la chose est arrivée. Elle est arrivée, monsieur le vicomte.

— En partie, dis-je, prudemment.

— Tout à fait, répliqua-t-il avec confiance. La populace a pris la Bastille, mais qui s’est mis à sa tête ? Les soldats, les gardes-françaises. Or, monsieur le vicomte, si l’armée n’est plus sûre, c’est fini des abus, fini des exemptions, des extorsions, des disettes, fini des Foullon et Berthier[7], fini de pressurer le pauvre, de…

[7] Berthier, intendant de Paris, pendu par les vainqueurs de la Bastille, ainsi que son beau-père Foullon.

Je coupai court à la litanie du curé.

— Mais si la troupe se met avec la populace, où s’arrêtera-t-on ? fis-je.

— C’est à nous d’y veiller, répondit-il.

— Venez souper avec moi, dis-je. J’ai quelque chose à vous exposer, et aussi à vous demander.

Il ne se fit pas prier.

— Car je ne saurais dormir cette nuit, dit-il, les yeux étincelants. Voilà de grandes, de superbes nouvelles, monsieur le vicomte. Votre père s’en serait réjoui.