— Monsieur le vicomte, prononça-t-il enfin, d’une voix légèrement émue, vous êtes d’une noble race.

Je haussai les épaules.

— C’est entendu, fis-je. Et après ?

— Je n’ose vous donner de conseils.

— Mais la cause est bonne ! m’écriai-je.

— Oui, répondit-il posément, je le répète depuis toujours. Je n’ose me dédire aujourd’hui. Mais… la cause du peuple est celle du peuple. Laissez-la au peuple.

— C’est vous qui me parlez ainsi ! répliquai-je en le considérant, perplexe et irrité. Vous qui m’avez cent fois déclaré que je suis du peuple ! que la noblesse sort du peuple ! qu’il n’y a en France que deux catégories : le roi et le peuple !

Il sourit un peu tristement, et tapota des doigts sur la table :

— Je parlais en théorie, avoua-t-il. Au moment de mettre cette théorie en pratique, le cœur me fait défaut. Car moi aussi j’ai un peu de sang noble dans les veines, monsieur le vicomte, et je m’y connais.

— Je ne vous comprends plus, dis-je déconcerté. Vous soufflez le chaud et le froid, monsieur le curé. Je vous disais il n’y a qu’un instant que j’ai parlé en faveur du peuple à la séance de la noblesse, et vous m’approuviez.