— Ensemble ? fis-je.

Cet accouplement me paraissait bizarre.

— Oui, monsieur.

— Eh bien ! amène-les-moi ici, répondis-je, après avoir interrogé des yeux mon compagnon. Pourquoi Doury ? Je lui ai payé ma note. Que peut-il me vouloir ?

— Nous le verrons bien, répliqua l’abbé, les yeux fixés sur la porte. Les voici… Oh ! oh ! A cette heure, monsieur le vicomte, reprit-il plus bas, je n’ai plus autant de confiance.

Il devinait sans doute quelque chose de la vérité ; mais, pour ma part, je n’y compris absolument rien. Je connaissais depuis des années l’aubergiste comme un homme poli et obséquieux, mais je ne l’avais jamais approfondi, et je ne le séparais guère dans ma pensée de sa clientèle et de son métier. Je fus donc stupéfait de le voir s’avancer avec un air où l’orgueil le disputait à la bassesse, tour à tour se redressant et pinçant les lèvres, comme pénétré de son importance, puis faisant le plongeon, tout confus et piteux. Son accoutrement était aussi bizarre que son attitude, car au lieu de ses bourgeois effets noirs, il étalait un habit bleu à boutons d’or, avec un gilet canari, et il maniait une canne à pomme d’or ; sobres magnificences qu’éclipsaient néanmoins deux énormes touffes de rubans bleus, blancs et rouges, piquées l’une sur son revers, l’autre à son chapeau.

Son acolyte, dont la carrure gigantesque et le visage tanné par le soleil faisaient ressortir la flasque obésité du citadin, le suivait à trois pas, semblablement paré. Mais tout enrubanné qu’il fût et en cette étrange société, il n’en restait pas moins Buton le forgeron. Il rougit sous mon regard, et se dissimula le plus possible derrière la personne de Doury.

— Bonjour, Doury, dis-je.

La gauche suffisance de l’individu m’eût fait éclater de rire, si je n’avais remarqué la gravité particulière du curé.

— Qu’est-ce qui vous amène à Saux ? repris-je. Et que puis-je faire pour vous ?