Doury sembla se ratatiner, et faillit perdre de ses couleurs.
— A Dieu ne plaise ! répondit-il, un trémolo dans la voix. Le Comité n’agira qu’au nom de Sa Majesté.
— Et avec son autorisation ?
L’aubergiste me considéra, tout démonté, et il bafouilla quelque chose où je saisis le mot : peuple.
— Ah ! ah ! dis-je. C’est le peuple qui m’invite à gouverner, alors ? Avec un aubergiste et un paysan ? Et avec d’autres aubergistes et paysans, j’imagine ? Gouverner ! Usurper sur les fonctions de Sa Majesté, oui ! Supplanter ses magistrats, corrompre sa force armée ! Bref, maître Doury, achevai-je avec suavité, se rendre coupable de haute trahison. De haute trahison, vous m’entendez ?
Certes, il m’entendait, l’aubergiste ! Il s’essuya le front d’une main tremblante, et resta terrifié et sans voix, à me regarder piteusement. Une deuxième fois le forgeron prit sur lui de me répondre.
— Monseigneur…, bégaya-t-il, en se passant dans la barbe son énorme main noire.
— Permettez, Buton, répliquai-je avec aménité. Pour quelqu’un qui aspire à gouverner le pays, vous êtes trop respectueux.
— Vous avez omis une chose que devra faire aussi le Comité, reprit l’artisan, d’une voix rauque, et sans oser, tel un chien timide mais hargneux, me regarder en face.
— Et quelle est cette chose ?