— Cependant, monsieur, en d’autres provinces, reprit-il à tout hasard, malgré son découragement croissant, M. de Liancourt, M. de La Rochefoucauld, n’ont pas dédaigné…

— Tant pis ! moi, je dédaigne ! ripostai-je. Et de plus, je vous le déclare, et je vous conseille de vous en souvenir, vous aurez à répondre de ce que vous êtes en train de faire. Je vous ai dit que c’était de la haute trahison. Je le répète encore ; et je n’y veux avoir aucune part. Et maintenant, retirez-vous.

— Il y aura du feu ! murmura le forgeron.

— Décampez ! dis-je sévèrement. Sinon…

— Avant demain matin on verra le ciel rouge, répondit-il. Vous l’aurez voulu, seigneur ; ainsi soit-il !

Je lui lançai un coup de ma canne ; mais il le para non sans quelque dignité, et se retira, suivi par un Doury à mine de chien battu, qui ne faisait guère honneur à ses beaux ajustements. Je les regardai s’éloigner, puis me retournai vers le curé pour savoir ce qu’il allait me dire.

Mais je ne le trouvai plus. Lui aussi s’était éclipsé ; il avait traversé le château, peut-être, afin de les arrêter à la grille, et de les dissuader. Je l’attendis, battant le gravier de ma canne, avec irritation, et surveillant l’angle de la maison. Je ne tardai pas à l’en voir déboucher, tenant son chapeau un peu au-dessus de sa tête, seule partie ombragée de toute sa personne, car il était midi. Je m’aperçus qu’il remuait les lèvres en approchant de moi ; mais quand je l’interpellai, il leva les yeux gaiement.

— Oui, fit-il en réponse à ma question, j’ai passé par le château, et je les ai arrêtés.

— C’était bien inutile, fis-je. Des hommes assez niais pour croire qu’ils vont remplacer le gouvernement de Sa Majesté avec un Comité d’artisans et de gâte-sauces…

— J’en suis, répliqua-t-il, avec un léger sourire.