— Du Comité ? exclamai-je, la respiration coupée d’étonnement.
— Vous l’avez dit.
— C’est absurde !
— Pourquoi ? fit-il tranquillement. N’ai-je pas toujours prédit ce qui arrive ? N’est-ce pas là ce que Rousseau enseigne, dans son Contrat social, et avec lui Beaumarchais, par la bouche de son Figaro, et tous les philosophes qui rabâchent l’un et toutes les belles dames qui applaudissent l’autre ? Eh bien ! le jour est arrivé, et je vous ai conseillé, monsieur le vicomte, de défendre votre caste. Mais moi, pauvre homme, je défends la mienne. Et pour ce Comité où vous ne voyez, mon ami, que des gens ridicules, dites-moi si un gouvernement quelconque (il appuya sur ces mots, comme pour se persuader lui-même) ne vaut pas mieux que pas de gouvernement du tout ? Comprenez-le, monsieur, la vieille machine s’en va par morceaux. L’intendant a fui. Le peuple se méfie des magistrats. Les soldats se mettent avec le peuple. Les huissiers et les collecteurs d’impôts sont… Dieu sait où !
— En ce cas, dis-je avec indignation, c’est l’heure pour la noblesse de…
— Prendre la tête et de gouverner ? poursuivit-il. Par l’intermédiaire de qui ? D’une poignée de valets et de gardes-chasse ? Contre le peuple ? Contre cette multitude que vous avez vue sur le marché de Cahors ? Impossible, monsieur.
— Mais le monde va être sens dessus dessous, dis-je.
— Il n’en aura que plus grand besoin d’un soutien fort et immuable… Qui n’est pas de ce monde, répondit-il avec dévotion.
Et se découvrant, il médita un instant. Puis il reprit :
— Mais voici la chose. Doury m’apprend que la noblesse se rassemble à Cahors, dans le but de s’associer, comme vous le proposez, et de faire échec au peuple. Or, cela ne peut être qu’inutile, et cela peut être pis. Cela peut amener les excès mêmes qu’on cherche à prévenir.