— Madame est restée à Cahors, répliqua la fille sur le même ton, auprès de M. le marquis, lequel a affaire.

Après cela je devais à coup sûr m’éloigner ; mais la jeune fille me regardait toujours, muette et rougissante ; et le tableau que je me formai de son arrivée seule et sans protection à Saint-Alais, joint au souvenir des faces patibulaires que j’avais vues à l’entrée du village, m’inspira le désir de rester encore, et finalement de lui révéler ma pensée.

— Mademoiselle, dis-je malgré moi, sans me soucier des serviteurs, si vous voulez m’en croire… vous n’irez pas plus loin.

L’une des femmes murmura : « Par exemple ! » L’autre dit : « C’est trop fort ! » et hocha la tête avec impertinence. Mlle Denise recouvra la parole.

— Et pourquoi, monsieur ? prononça-t-elle, nettement et posément, les yeux agrandis par une surprise qui faisait taire sa timidité.

— Parce que, répondis-je en hésitant (je regrettais déjà ma phrase) ; parce que la région est dans un tel état… Je veux dire que Mme la marquise ne se rend peut-être pas bien compte…

— De quoi, monsieur ? demanda hautainement Mlle Denise.

— Qu’à Saint-Alais, balbutiai-je, il y a beaucoup de mécontents, mademoiselle, et…

— A Saint-Alais ? fit-elle.

— Je veux dire dans les environs, me rattrapai-je gauchement. Et… bref, repris-je, avec un embarras croissant, mieux vaudrait, à mon humble avis, mademoiselle, vous en retourner, et…