— Parlons peu mais parlons bien, monsieur le vicomte, dit-elle, avec une dignité qui m’honorait autant qu’elle-même. Il s’est passé beaucoup de choses depuis que je ne vous ai vu. Nous ne sommes pas tout à fait, vous et moi, de la même opinion. Pardonnez-moi. Un coup de langue d’une femme, pas plus qu’un coup d’épée, ne déshonore un homme.

Je m’inclinai, rougissant de plaisir. Après une quinzaine passée dans la solitude, cette agitation mondaine de personnages saluant, souriant, s’entretenant à mi-voix et sérieusement d’un dessein unique, d’un seul but, avaient sur moi une emprise énorme. Je subis la contagion. Je laissai la marquise me mettre dans la confidence.

— Le roi… (il n’y avait que le roi pour elle), dans une semaine ou deux le roi se montrera. Jusqu’ici on a abusé sa confiance. Cela va finir. En attendant, il nous faut prendre la place qui nous revient. Il nous faut armer nos serviteurs et nos gardes, réprimer les désordres et résister aux empiétements.

— Et le Comité, madame ?

Elle me donna une petite tape, en souriant, du bout de ses doigts mignons.

— Nous le traiterons comme vous l’avez traité, dit-elle.

— Pensez-vous que vous serez assez forts ?

— Nous ? corrigea-t-elle.

— Nous, fis-je, me reprenant tout confus.

— Pourquoi pas ? En pourrait-il être différemment ? répliqua-t-elle, en promenant à la ronde un coup d’œil orgueilleux. Regardez autour de vous et dites-moi si vous en doutez, monsieur le vicomte.