— Mais, monsieur, répondit la voix de plus en plus chevrotante, qu’y a-t-il donc ?

— Ce qu’il y a ? Ils vont mettre le feu au château, imbécile ! m’écriai-je. Ouvrez ! ouvrez ! si vous ne voulez pas être brûlés vifs !

Après une dernière hésitation, l’homme ôta la barre. En un clin d’œil, je me trouvai à l’intérieur, dans un étroit corridor aux murs salés et décrépits. Un vieil homme, édenté et sénile, un vieux valet que j’avais vu souvent occupé à dévider de la laine dans l’antichambre, se tenait devant moi, porteur d’un flambeau de fer. A ma vue, la lumière vacilla dans sa main, et il ouvrit une bouche démesurée. Je compris que je n’avais rien à attendre de lui, et je lui arrachai la barre pour l’assujettir de nouveau moi-même. Puis j’empoignai le flambeau.

— Vite ! fis-je tout palpitant. Menez-moi auprès de votre maîtresse.

— Monsieur ?

— A l’étage ! vite ! à l’étage !

Il voulut parler, mais je ne m’attardai pas à l’écouter. Connaissant le chemin, et en possession de la lumière, je le plantai là et me précipitai dans le corridor. Après avoir trébuché contre plusieurs matelas étalés par terre, et destinés apparemment à la valetaille, j’arrivai dans le vestibule. Mon lumignon éclairait à peine cet antre de ténèbres. Mais il me suffit pour voir que la porte était barricadée, et je me dirigeai vers l’escalier. Je mettais le pied sur la première marche, quand le vieux valet, qui me suivait de toute la vitesse dont ses jambes flageolantes étaient susceptibles, alla donner contre un rouet qui se trouvait là. Le rouet se renversa à grand bruit, et aussitôt un chœur de cris et de lamentations s’éleva, au-dessus de nos têtes. J’escaladai les marches quatre à quatre, et sur le palier trouvai mes criards, réunis en un groupe terrifié, auprès d’une chandelle de suif posée sur le parquet, et dont la douteuse lueur était bien faite pour augmenter leurs alarmes. Les plus proches de moi étaient un vieux valet de pied et un galopin, dont les yeux terrifiés rencontrèrent les miens tandis que je montais les dernières marches. Derrière eux, et blotties contre une banquette de tapisserie adossée au mur, j’aperçus le reste : trois ou quatre femmes, qui piaillaient et se cachaient la figure dans les jupes de leurs voisines. Sans lever les yeux ni tenir compte de ma présence, elles continuèrent à pousser des cris.

Le vieillard, d’un juron chevrotant, essaya de les faire taire.

— Où est Gargouf ? lui demandai-je.

— Il est allé barrer les portes de derrière, monsieur, répondit-il.