— Et mademoiselle ?
— La voilà.
Ce disant il s’écarta, et me montra une épaisse tenture qui cachait la fenêtre ogive du palier. Je la vis s’agiter, et de ses plis émergea Denise, son petit minois puéril couvert de pâleur, mais singulièrement calme. Elle portait une robe claire et flottante, ajustée en hâte, et ses cheveux non coiffés retombaient sur ses épaules. A la faible lueur des deux chandelles et dans la confusion, elle ne m’aperçut pas tout d’abord.
— Gargouf est-il revenu ? demanda-t-elle.
— Non, mademoiselle, mais…
L’homme alla pour me désigner ; elle l’interrompit d’une exclamation de colère.
— Faites taire ces idiotes, dit-elle. Oh ! faites taire ces idiotes ! Je ne m’entends pas moi-même ! Que quelqu’un aille me chercher Gargouf ! Êtes-vous tous incapables de rien faire ?
L’un des vieux valets se mit en route d’un air affairé, laissant au milieu du groupe affolé de terreur la frêle et pâle jeune fille qui de tout son pouvoir se défendait contre la crainte. La tenture sombre qu’elle avait derrière elle mettait bien en relief la beauté de son visage et de ses formes, mais l’admiration était le dernier de mes soucis.
— Mademoiselle, dis-je, vous allez fuir par la porte du jardin.
Elle tressaillit et me regarda fixement, de ses yeux dilatés.