— Monsieur de Saux, murmura-t-elle. Vous ici ? Je ne… Je ne comprends pas. Je croyais…
— Tout le village est en marche, dis-je. Dans un moment ils seront ici.
— Ils y sont déjà, répondit-elle d’une voix faible.
Elle voulait dire seulement que par la fenêtre elle venait de les voir approcher ; mais la sourde rumeur qui montait dans l’air, au dehors, et traversait les murs, à chaque instant plus haute et plus menaçante, fit interpréter ses paroles autrement. Les femmes pâlirent en l’écoutant et redoublèrent de lamentations. Un faux mouvement convulsif de l’une d’elles renversa l’un des flambeaux. Le vieillard qui m’avait ouvert se mit à pleurer.
— Morbleu ! criai-je rudement, ces oiseaux de malheur ne se tairont-ils pas ?
Car ce vacarme m’empêchait de réfléchir, et la réflexion était plus nécessaire que jamais.
— Taisez-vous, idiotes, continuai-je, personne ne vous fera de mal, à vous. Et vous, mademoiselle, veuillez venir avec moi. Il n’y a pas un instant à perdre. Le jardin par où je suis entré…
Mais elle me regarda de telle sorte que je me tus.
— Est-il indispensable de partir ? interrogea-t-elle. N’y a-t-il plus d’autre moyen, monsieur ?
Le brouhaha, au dehors, devenait plus violent.