— Ils y sont. Le château est cerné.
Je jetai un cri de détresse ; et au même moment, comme pour confirmer son dire, un coup furieux retentit sur la grande porte d’entrée, et réveillant tous les échos de la maison, proclama que l’heure fatale était venue. Un second coup suivit le premier, puis une grêle de coups. Tandis que les servantes braillaient en s’accrochant les unes aux autres, j’échangeai un regard avec Denise.
— Il faut vous cacher, murmurai-je.
— Non, non, fit-elle.
— Nous trouverons bien un endroit, dis-je, en jetant à la ronde un regard angoissé, et sans tenir compte de sa réponse. (Le fracas des coups devenait assourdissant.) Dans le…
— Je ne me cacherai pas, monsieur, déclara-t-elle.
Son visage était blême, et ses yeux vacillaient à chaque coup. Mais celle que j’avais devant moi n’était plus la jeune vierge qui était restée muette en ma présence quelques jours plus tôt ; c’était bien Mlle de Saint-Alais, dépositaire d’un long passé d’honneur.
— Ce sont nos vassaux. Je vais leur parler, reprit-elle en s’avançant avec bravoure, malgré le tremblement de ses lèvres. Et s’ils osent…
— Ils ont perdu le sens, répliquai-je. Ils sont fous ! Mais il reste une chance, et je n’en vois guère d’autre. Si je m’adresse à eux avant qu’ils n’aient pénétré, je réussirai peut-être. Un instant, mademoiselle ; masquez cette lumière, je vous prie.
Quelqu’un m’obéit ; je me retournai fiévreusement et saisis la tenture. Mais Gargouf me devança. Il retint mon bras, et arrêta mon geste.