Je tremblai. De Cahors le secours ne pouvait venir avant une heure entière. De Saux il pouvait ne pas venir du tout. La porte au-dessous de moi ne résisterait plus guère longtemps, et ces brutes étaient trente contre un, et affolées par leur désir de vengeance. Ils avaient des siècles de griefs à assouvir ; ils croyaient arrivé le jour du règlement des comptes, et cette idée changeait ces rustres en démons. Les flammes qu’ils venaient d’allumer augmentaient leur confiance. L’incendie passait dans leurs veines.
— A bas la Bastille ! A bas les tyrans !
J’hésitais.
— Une minute, cria le forgeron, avec un geste expressif ; vous avez une minute. Gargouf ou tout le monde !
— Attendez !
Je fis demi-tour et rentrai. Laissant derrière moi la clarté fuligineuse, les pigeons tournoyants, les hideuses formes noires, l’effroi et la confusion de la nuit, je retournai à cet autre spectacle, guère plus réconfortant ; car le palier, éclairé par deux uniques chandelles, coulant dans leurs bobèches d’étain, n’empruntait à l’extérieur qu’un reflet rougeâtre du sinistre. Les femmes avaient cessé leurs lamentations et leurs sanglots, et se serraient en un groupe silencieux et terrifié. Les vieux valets et le galopin se passaient la langue sur les lèvres, et leurs regards allaient furtivement des armes qu’ils tenaient à la figure du voisin. Denise seule se maîtrisait, pâle et volontaire. Je lançai un bref coup d’œil à la svelte petite personne en robe claire, et me détournai. Je n’osais dire ce que j’avais dans l’esprit. Elle avait entendu, donc…
Ce fut elle qui l’exprima.
— Vous leur avez répondu ? me glissa-t-elle, en me regardant dans le blanc des yeux.
— Non, dis-je, en baissant les paupières. Ils nous ont donné une minute pour nous décider…
— Je l’ai entendu, répondit-elle, en frissonnant. Répondez-leur.