La présence subite de Douchmanta étonne les jeunes filles, et rend Sacountalâ confuse; elle reste rougissante et les mains croisées sur sa poitrine, mais déjà troublée par la beauté et l'air noble de l'étranger.
Sacountalâ, un peu remise de sa frayeur, interroge Douchmanta. Le roi lui répond qu'il est un jeune brahmatchari (élève brahme), qui vient étudier les védas (livres saints) dans la retraite des pieux solitaires. Comme il a dépouillé les insignes de la royauté, cette réponse n'a rien que de plausible.
Dès cet instant, Douchmanta est admis comme un hôte dans la forêt sacrée. Sur l'ordre de Sacountalâ, Priyamwada, Anousouya et leurs compagnes, après avoir conduit le roi à un banc de mousse, lui présentent des corbeilles de fleurs et de fruits; Sacountalâ va elle-même puiser de l'eau, et l'offre à Douchmanta, dans une écorce de grenade.
Pendant qu'on lui rend tous ces soins, le roi fixe sur la jeune fille des yeux enflammés; il se lève, se rapproche d'elle, et veut lui exprimer sa passion. Sacountalâ l'évite, avec une coquetterie pudique, mais il finit par la rejoindre, et danser avec elle un pas de deux qu'il termine en la pressant sur son coeur, comme ivre d'amour.
SCÈNE V.
Un des chasseurs, portant l'arc du roi, entre sur la scène; il s'incline devant Douchmanta, et lui dit qu'un éléphant furieux ravage la forêt. Les flèches du roi, qui n'ont jamais manqué leur but, peuvent seules en avoir raison. A lui appartient l'honneur d'abattre le monstre. Douchmanta saisit l'arc, et s'éloigne en faisant signe à Sacountalâ et aux jeunes filles qu'il reviendra bientôt.
SCÈNE VI.
Le roi parti, Sacountalâ redescend la scène, toute pensive. Elle porte la main à son coeur comme pour en comprimer les battements. L'amour qui l'agite lui fait peur: celui qu'elle prenait pour un simple brahmatchari est un roi puissant. Du retour à son palais, sans doute il oubliera bientôt l'humble fille rencontrée dans la forêt des ermites. Accablée par cette idée douloureuse, elle se laisse tomber sur un banc de gazon: ses compagnes l'entourent et tâchent de la rassurer; elles la complimentent sur l'amour qu'elle a inspiré au roi; mais Sacountalâ, oppressée et brûlante, cache sa tête dans ses mains. Pour calmer la fièvre laquelle elle est en proie, ses amies l'éventent doucement, lui jettent des fleurs fraîches, et, voyant le sommeil descendre sur ses yeux, s'éloignent avec précaution sur la pointe du pied.
SCÈNE VII.
Après avoir tué l'éléphant, le roi revient; inquiet de ne pas voir Sacountalâ, il parcourt la scène à grands pas. Il aperçoit à la fin celle qu'il aime, endormie sur les fleurs. Il se rapproche, s'agenouille, l'admire dans une contemplation passionnée, tend les mains vers elle et lui envoie des baisers; à travers son sommeil, Sacountalâ semble avoir conscience du retour de son royal amant: elle soupire, elle tressaille et se lève comme en extase, se rapprochant toujours de Douchmanta qui l'attire; au bout de quelques pas, elle finit par se trouver entre les bras du roi et se réveille avec un mouvement d'effroi et de pudeur. On pourrait les voir. Les jeunes brahmes errent dans la forêt.